Le texte ci-dessous sur « L’apprentissage précoce d’une langue étrangère : une solution pour la maîtrise de l’intonation et de la prononciation ? », a été rédigé par Christelle Dodane dans le cadre de ses recherches :
L’âge joue un rôle déterminant dans les processus d’acquisition d’une langue étrangère. Il existe une période privilégiée pendant laquelle l’enfant fait preuve d’une grande adaptabilité : de 0 à 10 ans.
L’enfant de moins de 10 ans manifeste de nombreuses qualités : une extraordinaire curiosité, une grande spontanéité, ainsi qu’une grande flexibilité cognitive.
Mais à quel âge précis l’apprentissage précoce sera-t-il le plus efficace ?
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De 1 à 6 ans : « l’âge heureux »
Durant cette période, l’enfant fait preuve de capacités remarquables à restituer la prosodie d’une langue étrangère car les aptitudes d’imitation sont maximales entre 4 et 8 ans.
J. PETIT rapporte le cas d’une enfant américaine, âgée de 4 ans qui, après trois mois en France, avait perdu totalement son accent.
Pour P. GUBERINA, c’est pendant la période précédant l’école primaire que l’enfant développe les plus grandes facilités pour l’apprentissage d’une langue étrangère car l’acquisition se fait encore de manière naturelle avant de se plier aux situations institutionnelles d’apprentissage.
Mais cette notion d’apprentissage naturel ne veut pas pour autant dire qu’il suffit de placer l’enfant en situation de contact avec une langue étrangère pour qu’il la parle parfaitement. Un enfant, même bilingue précoce, peut oublier la totalité d’une langue si celle-ci n’est pas entretenue.

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De 7 à 9 ans : « l’âge critique »
L’apprentissage d’une langue étrangère peut encore se faire efficacement entre 6 et 9 ans.
D’autres capacités développées par l’enfant dans le milieu scolaire viennent en effet s’additionner pour créer des conditions d’apprentissage privilégiées.
L’enfant est ainsi capable de répéter de longues séquences, il a de meilleures connaissances des caractéristiques générales de la langue, il commence à découvrir consciemment les règles et son système sémantique est mieux organisé.
Pour J.A. RONDAL et A. COMBLAIN, les enfants de 9 ans sont curieux, malléables, spontanés à condition que la dimension socio-affective soit respectée.
Pour P. GUBERINA, il est encore temps, à 9 ans, de commencer l’apprentissage d’une langue étrangère, même si cette période est charnière entre une période favorable et une période de difficultés.
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A partir de 10 ans : « seuil fatidique »
Vers 10 ans, l’enfant perd une grande partie de sa richesse perceptive en atteignant le seuil fatidique de son développement.
On observe une apparente inhabileté à assimiler une prononciation authentique. L’articulation devient pesante. Le processus d’imitation n’est plus aussi bon passé l’âge de 8 ans.
Le conditionnement progressif de l’oreille à la structure phonologique de la langue maternelle est pratiquement achevé et provoque une véritable surdité sélective aux contrastes existant dans d’autres langues et non pertinents dans la langue maternelle.
Christelle Dodane
Laboratoire de Phonétique, E.L.A.D.I., LaSELDI
Faculté des Sciences du Langage, de l’Homme et de la Société
Université de Franche-Comté