éprouve, au même moment, des difficultés à intégrer les détails et à articuler le tout et les parties. Pendant cet âge heureux, l’enfant fait encore preuve de capacités excellentes à restituer la prosodie d’une langue étrangère d’autant que ses capacités d’imitation sont maximales entre 4 et 8 ans. J. PETIT[13] cite le cas d’une enfant
américaine, âgée de 4 ans qui, seulement trois mois après son arrivée en France, avait totalement perdu son accent. Cette pulsion mimétique permet à l’enfant d’apprendre rapidement une langue. Les expérimentations réalisées par E.L. JOHNSON et S.J. NEWPORT[14] soulignent la qualité des performances d’apprentissage avant 7 ans. Pour P. GUBERINA[15], c’est pendant cette période précédant l’école primaire que l’enfant développe les plus grandes facilités pour l’apprentissage d’une langue seconde. L’acquisition se fait encore de manière naturelle avant de se plier aux situations institutionnelles d’apprentissage. Cette notion d’apprentissage naturel ne veut pas pour autant dire qu’il suffit de placer l’enfant en situation de contact avec une langue étrangère pour qu’il la parle parfaitement. Un enfant, même bilingue précoce, peut oublier la totalité d’une langue si celle-ci n’est pas entretenue. D. GIRARD[16] rappelle que « les enfants, malgré leurs grandes capacités d’apprentissage ont une grande faculté d’oubli qui se manifeste dès que le processus est interrompu ». Nous verrons à quel point cette remarque
peut se montrer décisive quant aux problèmes de continuité dans l’apprentissage précoce d’une langue étrangère.
apprendre une langue bébé ou enfant - l'âge critique
Entre 7 et 9 ans, l’enfant traverse une nouvelle période de réorganisation perceptuelle : il passe d’un traitement global à un traitement analytique. Cette stratégie, nouvelle pour lui, sollicite de sa part beaucoup d’attention et de contrôle, ce qui expliquerait les pertes de discrimination constatées à cet âge[18]. Pourtant, les influences de la langue maternelle sont encore trop récentes pour avoir définitivement altérer les capacités auditives de l’enfant ; la discrimination des contrastes non natifs, bien que moins performante, peut-être
facilement réactivée grâce à un léger entraînement auditif[19]. L’enfant bénéficie également d’un développement cognitif plus avancé : il possède des connaissances et des aptitudes acquises pendant sa scolarité, qui lui permettront d’apprendre rapidement une langue étrangère. Il est ainsi capable de répéter de longues séquences, il a de meilleures connaissances des caractéristiques générales de la langue (connaissances métalinguistiques), il commence à découvrir consciemment les règles et son système sémantique est mieux organisé. Pour J.A. RONDAL et A. COMBLAIN[20], les enfants de 9 ans sont curieux, malléables, spontanés à condition que la dimension socio-affective soit respectée. Pour P. GUBERINA16, il est encore temps, à 9 ans, de commencer l’apprentissage d’une langue étrangère, même si cette période est charnière entre une période favorable et une période de difficultés.
apprendre une langue bébé ou enfant - l'âge fatidique?
En atteignant, vers 10 ans, le seuil fatidique de son développement, l’enfant perd une grande partie de sa richesse perceptive, avec la perte de sa malléabilité cérébrale. Les réalisations phonétiques se détériorent en raison de la perte de plasticité des contrôles moteurs, impliqués dans la production des phonèmes[22]. On observe une apparente inhabileté à assimiler une prononciation authentique. L’articulation devient pesante[23]. Le processus d’imitation, il est vrai, n’est plus aussi bon passé l’âge de 8 ans. Mais c’est surtout l’imprégnation avec l’environnement linguistique qui provoque les plus grands bouleversements. Le conditionnement progressif de l’oreille à la structure phonologique de la langue maternelle est pratiquement achevé et provoque une véritable surdité sélective aux contrastes existant dans d’autres langues et non pertinents dans la langue maternelle[24]. Cette fossilisation progressive rend difficile l’accès à d’autres structures phonologiques. Entre 6 et 8 ans, l’enfant a complètement établi les habitudes de sa langue maternelle et à partir de 9 ans, il se met à entendre les phonèmes en fonction de celle-ci et éprouve des difficultés à se corriger. C. DALGALIAN[25] n’hésite pas à parler d’« oreille nationale ». En effet, le cerveau se comporte auditivement en fonction de la première langue et sa configuration ne se modifie guère après 12 ans, car la myélinisation des zones secondaires et tertiaires est achevée[26].
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